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A 64 ans, au sommet de sa carrière, le choix de Le Corbusier d'offrir à son épouse un cabanon de 16m2 en croûte de pin, accolé à une guinguette à Cap Martin dans le Sud de la France afin d'y passer tous les mois d'août est tout de même surprenant. Pourquoi ce choix d'une construction aussi simple ? En quoi ce cabanon éclaire l'œuvre de l'architecte ? L'habitat primitif traverse l'œuvre corbuséenne sous ses trois formes essentielles : la grotte, la cabane et la tente. Le Corbusier semble fasciné par ces structures vernaculaires. Ainsi ses croquis et relevés des maisons turques, bretonnes, provençales, arabes nourrissent l'œuvre avec autant d'importance et parallèlement au "hors sol" du style international. Le Corbusier dans une vision ethnographique analyse l'habitat local, préfigurant le "nouveau régionalisme" théorisé par Giedion, qui, suite au huitième congrès des CIAM de Hoddesdon, observe le travail de Candilis et Woods au Maroc, de Weiner et Sert en Amérique du Sud, de Van Eyck en pays Dogon ou de Tyrwhitt en Inde. Le 30 décembre 1951, lors de la conception du projet de Cabanon, Le Corbusier réalise dans l'année deux voyages de un mois en Inde, pour la mise au point du plan de Chandigarh. Il en revient profondément marqué par cette culture, notamment par le Sannyasa, vie de renoncement, dont le vœu de pauvreté fait écho à ses origines cathares-protestantes, à l'homme naturel de Rousseau et à sa fascination pour la vie érémitique nietzschéenne lue dans le Zarathoustra. Dans sa retraite provençale Le Corbusier - sâdhu reçoit comme un sage que l'on vient consulter : Brassaï, Sert, Gray, les proches collaborateurs et d'autres seront invités à découvrir l'homme, simple, vrai et libre.


Équipe: Rémi Papillault,
Maître d'ouvrage: Architecture d’Aujourd’hui.

Bibliographie : «Le Corbusier, Le bon sauvage en son cabanon », AA, n°328, p. 44-47, Juin 2000.
Le Corbusier Le bon sauvage en son cabanon